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Egypte - le Caire


de Clarisse et Séb, 21-10-2006

Pyramides et pollution, Le Caire.


Les hasards de notre vol, nous font partir de nuit de Bangkok et arriver au petit matin au Caire. L'aéroport est encore plongé dans l'obscurité lorsque nous prenons nos bagages. Le temps de discuter avec un taxi et voilà le soleil qui se lève et le muezzin qui chante...
Après des mois de voyage au confin du globe nous revenons vers nos racines : le bassin méditerranéen. Sur les écrans, un imam récite le coran et soudain, nous réalisons que nous sommes en plein ramadan! Quel changement après des mois passés au milieu des temples bouddhistes.
Le ramadan, donc. Une fois cette information enregistrée, nous comprenons mieux l'impression de calme qui règne dans le hall de l'aéroport.
Direction une vielle bagniole pourrie, typiquement égyptienne (c'est notre deuxième voyage dans ce pays, cela ne nous étonne plus mais nous fait sourire). Le chauffeur réussit une superbe embardée et manque de peu un poteau en faisant un demi-tour en pleine voie rapide...tout va bien, nous sommes en Egypte!
Notre adresse: une petite pension à Zamalek, le quartier des ambassades sur une petite île au milieu du Caire. Un quartier aisé de classe supérieure très calme,idéal dans le bordel ambiant qu'est la capitale. Il est 6h30 du mat nous sommes devant un immeuble gris, seuls.
A l'intérieur un paneau nous indique bien qu'il y a une pension. On réveille le type qui fait la gueule, nous montre un appart au premier étage qui est vide et nous propose une chambre propre mais avec la salle de bain à partager.On prend. Avant de repartir se coucher, le gros type nous demande si nous sommes mariés... ça tombe bien, on est marié. Bon, là, on se dit que l'Egypte, c'est pas l'Asie et que le type a une belle barbe.
Après une bonne sieste matinale, nous trouvons au pied de l'immeuble une boulangerie-pizza succulente et pas chère. Elle sera désormais notre cantoche durant notre séjour au Caire.
Très vite nos corps se sentent étouffés, le passage brutal entre le climat humide d'Asie et la sécheresse de l'air du Caire est radical. Clarisse a de l'eczéma et tousse à qui mieux mieux, Sèb se racle la gorge.
Nous avons beau boire de l'eau comme des chameaux quand ils se désaltérent, rien n'y fait, nos corps ont soifs. Cela va durer tout le séjour mais on s'y habituera.
Après avoir roupillé et fait le tour du pâté de maison nous trouvons un hôtel plus sympa et décidons de quitter notre pension. Il faut dire, qu'entre la fille qui vient prendre ses cours d'arabe dans le salon où l'on mange, les regards bizarres de la femme de ménage et le silence pesant qui règne dans le lieu, nous sommes quelque peu refroidis.
Nous partons après nous être fait entuber par le gros type qui veut nous faire payer des nuits en plus. Comme nous sommes fatigués et que, merde, nous avons décidé de ne pas nous énerver, nous cédons.
L'autre hôtel est sympa, avec douche et balcon, et le personnel est particulièremenbtb accueillant. Idéal. Reste Le Caire.
La ville est tellement polluée que respirer y est difficile. Clarisse abandonne vite et laisse Sèb explorer la capitale avec son appareil photo. Au bout de 2 jours, Sèb décide de modifier les billets et partir plus tôt que prévu. Déception. L'agence à Bangkok nous a entubé, les billets ne sont finalement pas "open" ... il nous reste 7 jours à patienter.

Mais attention, il y a 2 plats de résistance, le musée du Caire et les pyramides.
Le musée du Caire se résume en une expresion simple que nous répétons en coeur: " La honte de l'Egypte!" Il y a eu les 7 plaies, voici la honte.
Et pourtant, amoureux de la période Ramsès II, pleins des souvenirs de notre précédent voyage à Louxor et Abou Simbel, nous étions excités à l'idée de découvrir les plus grandes collections du monde sur cette période. Cruelle déception.
Le musée est un nid à poussière où rien n'est mis en valeur. Il faut souvent frotter une grosse péllicule de crasse pour découvrir un masque fascinant, une statuette richement ornée etc... Les satues monumentales se serrent les unes aux autres, certaines cachées dans la pénombre.
Il y a bien-sûr des objets somptueux venant des trésors des pharaons mais bien vite on se lasse. Ras le bol. Il faut chercher dans une signalétique datée les salles importantes faussement numérotées. Très vite ce gâchi énerve et finalement déçoit. Franchement, le président Moubarrak et la star des médias, le Dr Zahi Hawwas doivent être aveugles pour laisser se perdurer cette situation indigne des trésors entreposés. Pour certains, l'explication tient au projet de déplacement du musée sur le plateau de Gizeh. Beaucoup n'en veulent pas, de peur de faire perdre au Caire sa seule véritable attraction. D'autres, évoquent les problèmes constants de corruption. Reste quel le billet d'entrée augmente chaque année. Surtout la salle des momies. Elle l'objet d'un billet indépendant à plus de 15 euros, du délire!
Donc, le musée du Caire, la DECEPTION.

Alors que faire. Du grandiose, pardi! Clarisse explique qu'il faut se lâcher, taper un grand coup. Elle a une idée derrière la tête. Et Sèb déguste.
"Allons au Ména House, 3 nuits, le palais du 19è au pied des pyramides, tu verras ce sera génial!". Sèb ne se fait pas prier. "Au point où on en est, il faut se lâcher et tant pis pour les cordons de la bourse!"
Et là, commença le début de notre ruine financière et un des plus beaux moments de ce périple.
Depuis 1869, le Ména House acceuille sa riche clientèle. A cette époque celles et ceux qui parcouraient la planète y faisaient toujours un saut, alors nous avons décidé de suivre nos aînés en nous prenant pour des rockfellers aux petits pieds en toute simplicité. Oui, on a claqué nos dernières munitions mais quel carton!
Après un petit verre dans le salon avec vu sur les pyramides, nous avons posés nos valises dans notre chambre avec vu sur la route ( faut pas déconner quand même!)....La chambre est immense, dans un style tres années 70 ! Nous sommes dans la nouvelle aile, pas dans le palais....ca, on ne pouvait vraiment pas ! Nous commençons par une visite rapide aux pyramides, il est 13h00 et comme c'est le ramadan, le site ferme à 15h00. Quel bonheur de sortir de l'hôtel, de refuser les taxis et de faire à pied les 200 petits mètres qui nous séparent de l'entrée d'une des merveilles du monde ! Quel bonheur de marcher dans le sable brûlant et en plein cagnard, et de savoir que nous pourrons ensuite nous baigner dans la piscine à l'ombre des 3 géantes ! Et quel bonheur de découvrir la majesté de ces immenses amoncellements de pierre ! Le site est un véritable capharnaüm : les vendeurs à la sauvette se bousculent, les loueurs de chevaux et de chamaux essayent de vous attirer sur leurs montures, les cars de touristes lancent leurs jets noirs de gaz en pétaradant...en un mot, c'est la bazar ! Et pourtant...Kheops, Képhren et Mykérinos ne se laissent pas submerger par le merdier ambiant et surgissent immobiles et hiératiques des sables mouvants de la civilisation ! Nous marchons entre les crottes de chamaux et les groupes et parvenons rapidement à nous éloigner du monde...quelle magie !
Bien sûr, la solitude n'est qu'une illusion... Lorsque vous avez l'impression d'être seuls, pouvoir vous faire un bisou peinard un "psiiii" vous détruit illico le romantisme du moment. "Psiii" plus fort. Bon, le "pssi" ce n'est autre qu'un gardien-militaire qui vous fait de grands signes... Et le manège commence. "Non, n'allez pas par là, venez, oui, ce chemin, là, regardez une tombe, là une pyramide, là une inscription et là"....Des évidences. Mais bon. Et que je vous prenne en photo par ici, et que je vous prenne en photo par là dans une position ridicule imitant les pyramides et et et .... Un grand classique du site égyptien. Et le grand final pour Clarisse: éviter de se faire toucher les seins par le filou qui fait semblant de l'aider à descendre une marche. Nous y allons de notre pièce et laissons en plan notre "guide". Nous sommes de bonne humeur mais faudrait nous lâcher la grappe. Le "guide" s'éloigne vers d'autres pigeons. Nous profitons d'une fin de ballade superbe à quelques minutes de la fermeture. Les cars sont partis.
Au Mena House, nous découvrons le jardin, la piscine (grande avec vue sur pyramides) et puis nous allons au salon pour le thé, bien sûr! Et oui, tradition anglaise respectée ici, le restaurant qui donne sur Khéops fait une spécial menu "tea time". Un thé, une tarte....Et un regard langoureux, nous sommes aux anges.
Un petit plouf dans la piscine avec le coucher du soleil et voilà la journée qui se termine sous une douce lumière dorée... Place au repas de roi!
Nous nous habillons avec nos tenues faites en Asie et partons bras dessus, bras dessous vers le palais. Un pianiste de plus de 2 m joue sur un clavier bontampi à notre arrivée au bar. Kir champagne, musique kitch, décor fééerique, tout va bien. Nous optons pour le restaurant Omar Khayyam, l'un de nos poètes préférés. L'homme n'a cessé de fêter l'amour et le vin, c'est dire si nous sommes impatients de déguster nos plats!
Nous nous installons dans une pièce superbe avec plafond scultés et moucharabiers. La décoration se compose essentiellement de tignasses blanches...et oui, nous sommes les plus jeunes et de loin ! Nous mettons 30 ans dans le pif de tous nos voisins. Nous dégustons nos mets accompagnés par la voix d'un vieux crooner pour finir au dessert par un spectacle de danse club-med amélioré...moyen.
Le lendemain, nos estomacs dégustent. Après nos gargottes asiastiques, la nourriture de l'Omar Khayyam était riche, normal.

Aujourd'hui, sèb a une idée derrière la tête. Il a repére sur le prospectus de l'hotel l'existence d'un....golf! Au point où nous sommes, nous allons au bout de notre folie, direction le golf de Gizeh au pied de la pyramide de Kéops face a l'hôtel. Rien de plus décalé que jouer en godasses de marche sur l'un des plus green du monde! A l'acceuil, l'homme nous parle handicap, nous répondons vaguement, l'air de connaisseur, le gars se marre mais ne laisse rien paraître. Sèb a déjà pratiqué la chose sur des golfs municipaux (une tentative avortée dans les années 90 pour ouvrir le sport à une population moins fortuné)il y a un petit temps quand même.
Clarisse regarde son idiot de mari envoyé ses premiers balles dans les arbres et tente de comprendre le geste. Après plusieurs tentatives d'explication et une demi-heure de ramassage de balles comme un toutou, Sèb abandonne les "cours" et se lance sur le parcours, seul. Clarisse trouve que c'est un sport de débile, mais bon, elle aime bien le lieu. Il ne manquerait plus que ça!
Nous prenons des photos souvenirs, histoire d'immortaliser ce instant décalé. Sèb tente de réussir le par alors que Clarisse admire les pyramides. Quel plaisir d'être seuls sur ce golf sans les touristes aglutinés plus haut avec les pyramides comme spectateurs! Un grand moment.
Clarisse prend une voix de châtelaine à l'heure d'un diner mondain et lance ravie " Alors les amis, voyez-vous, l'Egypte c'est ex-tra-or-di-naire.... et le golf, é-to-nnant, c'était une première pour moi, vous imaginez!" Grosse poilade.
Après quelques bonnes heures sous le cagnard nous retournons à l'hôtel faire un plouf... Repas pyramides avec plateau télé (une chaine égytienne a loué le jardin pour une émission spéciale avec caméras mobiles et autres projecteurs), tout va bien.
8h du mat, nous sommes à l'ouverture du site pour notre deuxième visite. Un espèce de brouillard enveloppe Kéops et Képhren qui semblent irréelles. Nous quittons la route tracée pour partir côté désert vers les tombes. Là, seuls, nous pouvons admirer les pyramides qui semblent phantomatiques. La marche continue, le soleil transperce peu à peu le voile blanchâtre et le le bleu s'intalle dans le ciel. Les belles pointues se découvrent et brillent d'un nouvel éclat. Nous sommes isolés, sans un bruit, conscients de la magie du moment, là nous sentons toute la puissance de ces constructions et imaginons l'impression des premiers explorateurs étrangers lorsqu'ils découvraient les pyramides dépassant du sable en plein désert, loin de la ville. Soudain, en contrebas, le Sphinx nous apparaît.
Nous retrouvons au détour d'un amas de pierre le chemin principal. Pour l'instant, les cars ne sont pas encore arrivés. Nous visitons le Sphinx avec quelques autres chanceux. A notre départ, le premier bus débarque 50 personnes, le brouhaha commence, nous partons.
De retour dans notre hôtel du Caire, nous comptons notre monnaie. La dèche. Au programme, pizza pas chère à emporter, jeux de cartes et lecture des grands classiques de la litterature égytienne ( "La belle du Caire" de Naguib Mahfouz par exemple). Nous attendons notre avion pour Tunis, des pyramides pleins les yeux.




















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